Ô serviteurs d’Allah, il ne fait aucun doute que les évènements quels qu’ils soient,
après qu’ils se produisent et passent, sont recueillis par le lieu dans lequel ils se sont déroulés,
tout comme ils sont recueillis par le temps dans lequel ils se sont déroulés.
Ainsi, chaque fois que l’homme traverse un lieu qui renferme un évènement s’étant produit dans une époque lointaine, l’homme trouve son odeur et éprouve le plaisir de son souvenir si cet évènement est de ce qui fait naître en nous la joie ; à l’inverse, l’homme constate en ce lieu la désolation si l’évènement qu’il renferme est douloureux, catastrophique.
L’homme doué de raison ne peut douter de cette vérité : les lieux s’imprègnent des évènements qui s’y produisent,
ils demeurent ainsi présents au sein de ces lieux.
De même, le temps s’imprègne des évènements. Chaque fois que l’homme passe par un jour où il s’est produit un évènement, l’homme le ressent. Il ne peut le voir de ses yeux mais il le voit avec l’oeil de la clairvoyance 1.
En revenant d’une bataille, peut-être s’agit-il de la bataille de Tabouk, aux abords de Médine,
le Prophète sws a regardé le Mont Ohod et a déclaré : « Voici Ohod, un mont que nous aimons et qui nous aime. »
Pourquoi ? Qu’a éprouvé l’Elu pour prononcer ces paroles ? Il a revu l’évènement de Ohod.
Lorsqu’il a regardé le sommet du mont Ohod, c’est la bataille de Ohod qui a eu lieu des années auparavant qu’il a vu,
car le sommet de cette montagne renferme tout cela.
Le Messager d’Allah sws a vu cet évènement qui s’est produit des années plus tôt. Cet évènement est certes passé et révolu, cependant il s’est renouvelé lorsque le Messager d’Allah l’a regardé.
Ceci a marqué l’Elu et a fait naître en lui des sentiments d’extase qu’il a exprimés et traduits par ces paroles :
« Voici Ohod, un mont que nous aimons et qui nous aime. » Car il renferme cette scène à laquelle le Messager d’Allah sws a assisté, et au cours de laquelle un certain nombre de Compagnons sont tombés en martyrs.
Ce mont les a recueilli ce jour-là et ce jusqu’au Jour de la Résurrection.
Sur le chemin du retour d’une autre bataille, le Messager sws a traversé la terre où vivait autrefois le peuple de Thamoud2. Il dit à ses Compagnons : « N’entrez dans leurs maisons que pleurants et circonspects, de peur que ne vous atteigne à votre tour ce qui a atteint ce peuple qu’Allah a éprouvé et anéanti. »
Les Compagnons ont traversé leur terre voilés de leur qina’3, pleurants, circonspects.
Cet évènement s’est déroulé plusieurs siècles auparavant, cependant le lieu l’avait recueilli et s’en était imprégné.
C’est pourquoi les Compagnons ont traversé cet endroit, pleurants et circonspects,
comme si ce qui s’était passé se renouvelait à ce moment précis.
Lorsque le Messager d’Allah sws émigra à Médine, il a entendu dire que les Juifs jeûnaient le jour de
‘Achoura. Il demanda quelle en était la cause. Ils répondirent : « C’est le jour où Allah a sauvé Moïse de Pharaon. »
Il rétorqua alors : « Nous sommes plus concernés par Moïse que vous ! »
Puis il ordonna à ses Compagnons de jeûner ce jour à l’avenir. Des longs siècles ont passé depuis que Moïse a été sauvé de Pharaon par miséricorde d’Allah, cependant le temps s’en est imprégné.
Ainsi, lorsque l’homme passe par ces dates, il voit se renouveler les évènements qui s’y sont produits, ce qui
crée en son âme des sentiments forts.
Le Messager d’Allah sws a été vu plusieurs fois en train de jeûner le lundi, comme il a été rapporté dans
l’Authentique. Certains Compagnons lui ont demandé : « Pourquoi jeûne-tu ce jour-ci ? »
Il répondit alors : « C’est le jour où je suis né. »
Donc, je répète, chers frères, les évènements arrivent et passent, cependant les lieux s’en imprègnent, et leurs traces restent incrustées au sein de ces lieux. Les évènements arrivent et passent, cependant, le temps lui aussi s’en imprègne.
Vous avez d’ailleurs pu remarquer comme le temps et les lieux influaient sur le Messager d’Allah sws,
puisqu’il racontait (à ses Compagnons) ce que renfermaient chacun d’entre eux.
Quels pourraient donc être nos sentiments à nous lorsque nous passons par le jour de la naissance du Messager d’Allah sws ?
Oui ! La naissance de l’Elu sws est passée depuis plus de quatorze siècles, cependant le temps s’en est imprégné et l’a retenue !
Nul doute que lorsque l’homme passe par un tel évènement, il se crée entre lui et cet évènement un lien :
le lien de la foi en ce Messager, le lien de l’amour que nous éprouvons pour lui,
le lien de la reconnaissance du bienfait par lequel Allah nous a comblés en nous envoyant Son Messager sws.
Il faut que cette date sainte qu’est la naissance de Messager d’Allah nous marque.
Si les sentiments du Messager d’Allah ont été bouleversés par le jour où Allah a sauvé Moïse de Pharaon,
que pensez-vous de nos sentiments lorsque nous passons par le jour où est né le Sceau des Messagers et des
Prophètes, Mohammad, sws ?
Il fut envahi par des sentiments de mélancolie et de tendresse à l’égard des Compagnons tombés en martyrs sur le Mont Ohod lorsqu’il est repassé par l’endroit qui avait recueilli cet évènement. Son coeur fut envahi par la mélancolie et la tendresse, et il déclama cette parole forte de sens: « Voici Ohod, un mont que nous aimons et qui nous aime ! »
Quels devraient donc être nos sentiments à nous, lorsque nous passons par le jour qui a recueilli les traces de la naissance de Messager d’Allah sws ? Nos coeurs doivent s’emplir des mêmes sentiments que ceux qui envahirent le coeur du Messager d’Allah sws lorsqu’il se rappela ses Compagnons tombés en martyrs le jour de Ohod.
Le croyant doit se réjouir de ce jour particulier et célébrer cette occasion bénie. Ceci se produit quand le coeur déborde d’amour pour l’Elu sws, ou plutôt lorsqu’il contient ne serait-ce qu’un peu d’amour pour le Messager d’Allah sws. C’est une vérité qui ne laisse aucune place au doute, chers frères, aucune place à la polémique sous quelque forme que ce soit !
Les lieux conservent les évènements qui s’y déroulent puis insufflent dans nos âmes les sentiments qui correspondent à ces évènements. S’ils contiennent un évènement heureux, ils font naître en nous la nostalgie, la tendresse et la joie.
Par contre, s’ils contiennent un évènement douloureux, ils éveillent en nous d’autres sentiments, comme ceux que le Messager d’Allah sws a éprouvés en traversant la terre de Thamoud avec ses Compagnons.
Aujourd’hui, en ce mois béni, nous nous souvenons de la naissance du Messager d’Allah sws.
Ce souvenir nous amène à nous rappeler sa magnifique biographie, il nous amène à nous arrêter sur quelques épisodes
qui incarnent son comportement remarquable dont Allah a témoigné Lui-même dans Sa Parole : « Tu as
certes un comportement exemplaire »
En ce jour particulier, l’amour que nous portons à ce Messager exemplaire sws doit se raviver, de même que
nous devons renouveler notre allégeance à ce Messager exemplaire.
Chers frères, chaque jour nous devons renouveler notre relation avec le Messager d’Allah sws, à chaque occasion nous devons nous rappeler ce que nous avons oublié de sa biographie. Cependant, certaines occasions sont particulières,
c’est pourquoi elles doivent faire naître en nous des sentiments particuliers.
Chaque heure, il convient que nos coeurs soient remplis d’amour pour notre Messager sws,
néanmoins, lorsque tu pénètres dans la Lumineuse Médine, tu te retrouves devant une de ces occasions qui renouvellent en toi l’amour du Messager d’Allah sws. Lorsque tu te tiens près de l’endroit qui contient le corps du Messager d’Allah sws,
le sentiment de manque du Messager d’Allah doit s’emparer de ton coeur.
Il en va de même lorsque nous pénétrons dans ce mois béni qui nous évoque le plus profond des souvenirs,
le souvenir de la naissance du Messager d’Allah sws. Cela nous pousse à nous rappeler ce que nous avons oublié de sa magnifique biographie, et à renouveler notre allégeance envers lui.
Il y a des gens qui pensent à ouvrir un musée dédié au Messager d’Allah sws.
On m’a dit : « Que penses-tu que ce musée doive contenir ? »
J’ai répondu : « Je pense que ce musée doit contenir certaines scènes marquantes, de celles qui compensent le fait que nous n’ayons pas vu le Messager d’Allah sws. Certes nos yeux ne se sont pas rassasiés de la vision de l’Elu sws, cependant, par le biais de ces scènes qui l’incarnent, nous pouvons nous en passer. Et que ses prêches universels servent d’introduction à ces scènes ! Ses prêches universels par lesquels il s’adressait - non pas à ses Compagnons qui l’entouraient - mais aux générations à venir et celles qui les suivront jusqu’au Jour de la Résurrection. . Il faut que la biographie du Messager d’Allah soit incarnée dans ce que vous appelez « le musée ». »
Nous ne nous rapprochons pas d’Allah par des constructions, ni par des apparences que nous affichons par imitation.
Nous nous rapprochons d’Allah le Très Exalté par tout ce qui attise en nos coeurs le manque du Messager d’Allah sws,
tout ce qui attise en nous la mélancolie et la nostalgie envers l’Elu sws, et qui par conséquent, nous incite à renouveler notre allégeance envers lui ainsi que notre engagement à s’attacher scrupuleusement à sa Tradition et à emprunter le sentier qu’il a tracé pour nous selon la volonté du Seigneur le Glorifié.
Chers frères, à cet instant où je vous rappelle cette vérité qu’il convient de ne pas oublier,
en ce mois de la naissance du Prophète sws, et en ce jour de la naissance du Messager d’Allah sws,
je vous mets en garde comme je mets en garde ma propre âme contre les célébrations qui ne sont que pure imitation et qui ne touchent en rien le coeur, se contentant de passer après avoir touché l’apparence de l’être humain.
Les célébrations que nous approuvons et auxquelles nous vous exhortons se sont toutes celles qui expriment la mélancolie
et le manque que nous éprouvons envers le Messager d’Allah sws, et qui nous incitent à renouveler notre engagement envers lui sws. Et ceci ne peut se faire que par un retour à - si l’on ne peut revenir à la biographie de Messager d’Allah sws dans sa totalité – au moins quelques scènes importantes de la vie de notre Bien-aimé, l’Elu sws.
Tous ceux qui aiment l’Humanité ne peuvent trouver les valeurs de l’Humanité mieux incarnées que par la personne de Mohammad sws. Tous ceux qui aiment le raffinement et l’innocence humaine trouveront cela incarné par la personne du Messager d’Allah sws.
Le temps qui m’est imparti ne suffit pas pour présenter toutes ces scènes marquantes pour tout coeur qui se soucie des valeurs de l’Humanité, que ce coeur croit ou pas au Messager d’Allah.
Cependant, je leur expose l’exemple d’une de ces scènes :
un discours que le Messager a prononcé après la bataille de Hounayn et qui incarne son côté humain extraordinaire,
son exceptionnelle fidélité, son raffinement, sa façon d’adresser des reproches doux qui montre à quel point il aimait ses Compagnons et quiconque fait parti de ce que l’on nomme la Communauté de Mohammed sws.
Après la bataille, l’Elu sws avait distribué la majorité du butin à ceux qui s’étaient récemment convertis à l’Islam parmi les habitants de la Mecque – car ils font partis de ceux dont les coeurs restent à gagner4.
Un petit groupe d’Ansars5 s’était réuni et commençait à chuchoter entre eux.
Un des leurs dit : « Qu’Allah pardonne Son Messager ! Il donne à un peuple et il nous prive nous, alors que nos épées ruissellent encore de leur sang !6 – c’est-à-dire qu’il y a peu de temps ils étaient mécréants -
Cette parole est arrivée aux oreilles du Messager d’Allah sws. Il a donc rassemblé tous les Ansars (partisans) en un même lieu, puis il se leva et tint le discours suivant (après avoir loué et glorifié Allah):
« Ô vous les Ansars, on m’a rapporté une de vos paroles qui m’a déplue !
Ne suis-je pas venu à vous alors que vous étiez égarés alors Allah vous a guidé par mon biais ?
Et dans le besoin alors Allah vous a enrichis par mon biais ?
Et divisés alors Allah a rapproché vos coeurs par mon biais ? »
Chaque fois qu’il posait une question, ils répondaient :
« Si, c’est Allah et à Son Messager qui détiennent ces bienfaits ! ».
Il s’est arrêté puis a demandé : « Ne me répondez-vous pas, ô Ansars ? »
« Nous t’avons répondu, ô Messager d’Allah » répondirent-ils.
Il les interrogea de nouveau : « Ne me répondez-vous pas, ô Ansars ? ».
La troisième fois il dit : « Pourtant, je jure par Allah que si vous vouliez vous pourriez dire – et vous auriez raison et on vous donnerait raison : Tu es venu à nous alors qu’on te traitait de menteur et nous avons cru en toi, et banni alors nous t’avons accueilli, et pauvre alors nous t’avons enrichi [remarquez l’élégance de l’Elu] Dites-moi que c’est vous qui prodiguez sur moi vos bienfaits ! Dites-le moi ! Dites-le, vous serez honnêtes et on vous croira ! »
Puis il poursuivit : « Ô Ansars, éprouvez-vous une gène pour un peu d’argent que j’ai octroyé à d’autres que vous pour qu’ils se convertissent alors que je vous ai remis à vous l’Islam ?
N’êtes-vous pas satisfaits que ces gens rentrent chez eux avec du bétail et des montures et que vous,
vous rentriez chez vous avec le Messager d’Allah ?
Car par Allah je jure que ce avec quoi vous rentrez est meilleur que ce avec quoi ils rentrent !
Par Celui qui détient mon âme dans sa Main, s’il n’y avait pas eu l’hégire7, je serais un des vôtres !
Les Ansars sont mes sousvêtements et les autres sont mes vêtements. Après ma mort, vous allez être écartés,
alors patientez jusqu’à ce que l’on se retrouve autour du Bassin. »
Ce discours qu’a prononcé le Prophète sws dans les conditions que je vous ai décrites, n’attise-t-il pas en vous l’amour,
et même la passion pour ce Prophète qui incarne toutes les valeurs de l’Humanité ?
L’élégance… La fidélité… La fidélité lorsque le Messager d’Allah leur a promis avant l’hégire qu’ils partageraient leur vie comme ils partageraient leur mort8. Il a tenu sa promesse. La Mecque a été conquise.
Il aurait pu rentrer dans sa patrie qu’il aimait, cependant sa fidélité l’a empêché de le faire !
Sa fidélité lui a imposé de leur dire : « N’êtes-vous pas satisfaits que ces gens rentrent chez eux avec du bétail et des montures et que vous, vous rentriez chez vous avec le Messager d’Allah ? »
Chers frères, par ce doux souvenir, en ce mois béni de la naissance du Messager d’Allah, renouvelons ensemble notre amour pour ce Messager exemplaire et noble ; puis renouvelons ensemble, à la lumière de cet amour notre serment d’allégeance et notre engagement d’emprunter le sentier qu’il a frayé pour nous et de nous accrocher aux principes qu’il nous a laissés. Il ne convient pas que l’on utilise l’Islam pour diviser les rangs des musulmans ! Cela courrouce le Messager d’Allah !
Il ne convient pas que notre respect pour les recommandations d’Allah nuise à nos pratiques religieuses et à notre vie d’ici-bas ! Cela courrouce le Messager d’Allah ! Il ne convient que notre appel à la cause d’Allah soit une source de division au profit d’un groupe ou d’une faction car cela courrouce le Messager d’Allah sws !
Renouvelons ensemble l’engagement auprès de l’Elu sws que notre Islam soit une source d’unité. Alors, nous rencontrerons l’Elu sws au bord de son Bassin9 après qu’il ait intercédé pour nous. Je suis certain de cela, non pas parce que je prétends savoir d’Allah ce que je ne sais pas mais parce que je sais combien le Messager d’Allah nous aime.
N’est-ce pas lui qui a déclaré peu de temps avant sa mort alors qu’il était allé à al-baqi’10 pour saluer ceux qui s’y trouvait : « J’aurais aimé voir nos frères ! » « Ne sommes-nous pas tes frères Ô Messager d’Allah ? »
a demandé un des présents. « Vous êtes plutôt mes Compagnons, mes frères sont ceux qui n’ont pas pu faire
l’allégeance avec nous. » répliqua-t-il sws.
Observons donc ce serment scrupuleusement, ne dévions pas du sentier qu’il a tracé pour nous et efforçons nous d’y cheminer. Lorsque nous nous retrouverons près du Bassin, lorsqu’Allah nous fera la grâce de nous délecter d’une gorgée de son breuvage, nous la boirons de sa main bénie.
1 Don qu ‘Allah accorde aux pieux et qui leur permet de percevoir certaines vérités relevant de l’invisible :
2 Peuple de Salih, anéanti par un cataclysme.
3 Lors d’une tempête les arabes rabattaient le pan de leur turban sur leur visage.
4 Il s’agit des nouveaux convertis à l’Islam à qui on donne l’aumône pour raffermir leur foi et rapprocher leur coeur
5 Les partisans du Prophète sws : ce sont les musulmans de Médine (par opposition aux « immigrés ».)
6 Les Mecquois qu’ils avaient combattus se sont convertis juste après la bataille, le butin qui leur avait été pris leur a été restitué.
7 Après l’hégire les musulmans étaient de deux catégories : les ansars et les mouhajiroun.
8 Avant de lui prêter serment d’allégeance et de lui assurer protection à Médine, les Médinois lui avaient demandé s’il retournerait
à la Mecque si ses habitants se convertissaient. Il avait répondu : c’est auprès de vous que je vivrais et que je mourrais.
9 Le Bassin du Prophète sws qui se trouve au bout du Pont Sirat et auquel ceux qui auront cru en lui pourront s’abreuver sans jamais plus éprouver la soif
10 Cimetière de Médine où est enterré un grand nombre de Compagnons.