Allah le Très Haut dit : « Ô hommes ! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez.

Le plus noble d'entre vous, auprès d'Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand-Connaisseur. » (S49/V13).
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Prêche de Cheikh Docteur Khalid Al-Hanafi:
 
Cheikh Docteur Khalid Al-Hanafi
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Louanges à Allah qui a révélé Al-Fourqan (le Discernement) à Son serviteur afin qu’il soit un avertisseur pour les mondes et qu’il annonce aux endurants qu’ils auront auprès d’Allah une immense récompense.

Louanges à Allah qui nous a exhorté à prier sur Son Messager car Il a dit - exalté soit-Il - « Allah et Ses Anges bénissent le Prophète. Ô vous qui croyez, bénissez-le et saluez-le ! »[1]

Louanges à Allah qui connaît les secrets des cieux et de la terre, et qui est certes Pardonneur et Miséricordieux.

Ô Seigneur, les louanges Te reviennent telles qu’il sied à la Majesté de Ta face et à l’immensité de Ta puissance.

J’ai accepté avec satisfaction Allah comme seigneur, l’Islam comme religion, Mohammad sws comme prophète et messager et le Coran comme source de législation.

J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah, Unique, sans associé. La royauté Lui appartient et les louanges lui reviennent. Il donne la vie et donne la mort, Il est le Vivant qui ne meurt jamais et Il est Puissant sur toutes choses.

Et j’atteste que notre maître, notre guide, notre exemple, notre orienteur et notre professeur Mohammad sws est le Messager d’Allah.

Ô Allah, prie sur notre maître Mohammad, salue-le et bénie-le, lui, sa famille et ses compagnons ainsi que tous ceux qui empruntent son chemin et se réfèrent à sa Tradition jusqu’au Jour de la Rétribution.

Ô vous qui croyez, craignez Allah comme Il doit être craint et ne mourrez qu’en étant musulmans.[2]

Ô vous qui croyez, craignez Allah et que chaque âme considère ce qu’elle a préparé pour demain. Craignez Allah car Il est informé de ce que vous faites.[3]

Ô vous qui croyez, craignez Allah et soyez parmi les véridiques.[4]

Ô vous qui croyez, craignez Allah et cherchez le moyen de vous rapprocher de Lui, déployer vos efforts pour Sa cause, peut-être réussirez-vous.[5]

Et ma réussite ne dépend que d’Allah, c’est à Lui que je m’en remets et c’est vers Lui que je ferais retour.[6]

 

Ô musulmans, bien-aimés du Prophète sws, la première semaine du mois de Ramadan vient de s’écouler, et les dix jours de Miséricorde touchent à leur fin. Ceux qui ont gagné pendant ces jours, ceux-là sont les gagnants. Et ceux qui ont perdu en ces jours, ceux-là sont les perdants. Cette semaine s’est écoulée, nous rapprochant un peu plus de notre tombe. Car chaque jour qui passe dans la vie du musulman le rapproche de sa tombe. Ô fils d’Adam, tu n’es autre qu’un ensemble de jours ! Lorsqu’un jour s’en va, c’est un peu de toi qui s’en va avec lui. Celui qui est doué de raison, c’est celui qui profitera de ce qu’il lui reste de Ramadan pour rattraper ce qui lui a échappé.

 

Ô Ramadan, humidifie nos yeux asséchés ! Allège nos épaules alourdies par le fardeau des péchés ! Purifie nos intentions perverties !

Ô yeux desséchés à cause du peu de larmes que vous avez versées, voici venu le temps de vous remettre en question !

Ô cœurs plus durs que les roches des montagnes, fléchissez sous le poids de la crainte !

 

Pour ces cœurs endurcis, Ramadan est le meilleur espoir et le plus proche. Mettons-nous donc au travail ! Malheur à celui qui séjourne dans une terre de pardon et la quitte  sans en prendre une part. Malheur à celui qui traverse le marché des Miséricordes sachant que ce marché va fermer et n’en tire aucun profit !

Nous nous devons de gérer notre vie religieuse comme nous gérons notre vie quotidienne. Si une épine rentre dans le pied de l’un d’entre nous et le fait souffrir, il se rend chez le médecin, demande un remède et demande à ce qu’on lui extraie cette épine. Les épines de la désobéissance ont emplies ton cœur, pourtant on n’entend guère ton gémissement de douleur ! Nous nous trouvons à l’issue de cette année semblable à un poisson prisonnier dans un filet de pêche, tentant de s’échapper. Afin d’y parvenir, il cherche le trou le plus large entre les mailles du filet. Puis il recule pour prendre son élan avec détermination et s’éjecte hors du filet. Mais qu’en serait-il s’il n’était pas aussi déterminé et s’il ne s’efforçait pas de sortir du filet ? Eh bien il ne lui faudrait que peu de temps avant de griller sur un feu ! Sachez que Satan a resserré sur nous ses filets tout au long de l’année. Ainsi nous sommes tombés dans la désobéissance et le péché. Cependant Allah ne nous a pas ouvert une petite brèche afin que nous extirpions du filet de Satan, mais Il nous a plutôt ouvert d’immenses portes… Les portes du mois de Ramadan ! C’est pourquoi si nous ne déployons pas tous nos efforts avec la plus grande des déterminations pour profiter du mois de Ramadan, nous serons alors semblables au poisson resté dans le filet. Et Satan espère que beaucoup se joindrons à lui afin qu’ils soient enchaînés avec lui car il craint de subir seul le châtiment éternel.

 

Chers croyants, sachez que les savants distinguent la jurisprudence des règles et statuts juridiques et la jurisprudence des finalités de la législation. La première nous enseigne comment faire en sorte que notre adoration soit agréée. Comment par exemple jeûner comme il se doit afin qu’Allah accepte notre jeûne. Alors que la seconde vise à découvrir quels secrets renferment les actes d’adorations, quel est le but caché derrière ces adorations. Connaître cette jurisprudence, les finalités du jeûne, ses secrets et ses sagesses rend l’homme plus prompt à se soumettre à l’ordre d’Allah. Cela le rend plus apte à présenter cette adoration aux non-musulmans qui s’offusquent de voir que le musulman se prive de manger et de boire pendant de si longues heures ! Et qu’il en est heureux ! Qu’il le fait par amour pour Allah le très Haut et l’Exalté ! Connaître ces finalités nous permet de répondre à une question qui nous est adressée à tous sans exception. Pourquoi une telle séparation entre notre adoration et notre comportement ? Pourquoi voit-on des jeûneurs mentir ? Pourquoi voit-on des jeûneurs trahir leur dépôt ? Pourquoi voit-on des jeûneurs médirent ? Pour parvenir à créer ce lien nécessaire (entre adoration et comportement) il nous faut obligatoirement cerner les finalités, les secrets, les sagesses et les raisons cachés derrière les adorations. Mes chers frères, il y a une grande différence entre le jeûneur qui s’abstient de manger et de boire du lever au coucher du soleil - et dont le jeûne est valide - et un jeûneur qui prête attention à ces finalités, tentant de les atteindre et de s’y conformer. Il en résultera que l’on pourra observer dans la vie de celui qui prête attention aux finalités un changement. La différence est exactement la même entre un pèlerin qui effectue ses circumbulations autour de la Ka’aba avec pour seule préoccupation d’effectuer ses sept tours et un pèlerin qui se préoccupe des finalités, réalisant ainsi qu’il reproduit le geste des anges qui tournent  dans les cieux autour de la Maison vénérée comme nous l’a indiqué le Prophète sws ; prenant conscience qu’à chaque fois qu’il tend sa main en direction de la Pierre noire il renouvelle son pacte d’allégeance à Allah swt, renouvelant cette allégeance d’une façon qui influencera sa vie une fois que sa circumbulation sera finie et une fois qu’il sera de retour du pèlerinage ; ayant conscience qu’il tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre comme s’il cheminait vers le passé se rappelant à chaque étape de sa circumbulation une période de sa vie révolue et ce qu’il y a accompli, cela lui permet de se repentir à Allah et d’implorer Son pardon et de l’obtenir au sein même de sa circumbulation. Il ne fait aucun doute que ce pèlerin est circonspect et plein de crainte révérencielle. Il ne fait aucun doute que ce pèlerin rentrera de son pèlerinage métamorphosé. Il en va de même pour le jeûne. Cherchons donc et découvrons les secrets et les finalités, les sagesses et les raisons qui se cachent derrière cette grande adoration à travers laquelle l’Islam a réconcilié le corps et l’esprit, ne délaissant ni l’un ni l’autre contrairement aux autres religions. Car la finalité première du jeûne est de développer chez le croyant le sentiment qu’Allah l’observe à chaque instant, et de lui apprendre à être constant et égal à lui-même dans l’apparent et le caché. Qu’il ne se montre pas devant les gens comme un adorateur pieux et craintif, alors qu’en vérité, lorsqu’il se retrouve seul avec son Seigneur il commet des transgressions et des péchés qu’il ne saurait avouer ! C’est ce qu’exprime un hadith qui me saisit et me fait trembler chaque fois que je l’entends : « Il est des gens dans ma communauté qui se présenteront (devant Allah) avec des bonnes actions semblables à des montagnes. Allah les élèvera dans le ciel et les réduira en poussière éparpillée. »  Elles n’ont aucune valeur ! Aucun poids ! Les compagnons ont alors interrogé le Prophète sws « Qui sont-ils ô Messager d’Allah ? » Décris-les-nous ! « Ce sont des gens issus de vous, répondit le Prophète sws, qui prient comme vous priez, qui jeûnent comme vous jeûnez, qui veillent la nuit comme vous veillez et qui font l’aumône comme vous la faites. Cependant lorsqu’ils se retrouvent seuls avec les interdits d’Allah ils les violent ! » Qu’Allah nous en préserve ! Le jeûne est la seule adoration qui s’accomplit en secret, entre le serviteur et son Seigneur. « Toutes les œuvres des fils d’Adam sont pour lui, sauf le jeûne, il est à Moi et c’est Moi qui le rétribue ! »[7] Même lorsqu’on se trouve devant un homme s’abstenant de manger et de boire toute la journée, on ne peut pas juger s’il est jeûneur ou s’il ne l’est pas. Pourquoi ? Il se peut qu’il s’abstienne de boire et de manger sur ordre d’un médecin. Ainsi, son intention le ferait sortir de la sphère de l’adoration. Quant aux autres adorations, ce sont toutes des actes pratiques, que l’on effectue aux yeux de tous. La tradition prophétique d’observer la prière en groupe a fait de la prière un acte apparent qui se pratique aux yeux des gens. Le pèlerinage est une pratique apparente. La tradition prophétique consiste à prononcer la « talbiya » à haute voix. Il en va de même pour l’aumône : « Faire l’aumône publiquement est certes une bonne action, mais la faire discrètement au profit des pauvres est un acte plus méritoire et meilleur pour vous. »[8]

 

Allah dit dans le noble verset évoquant le jeûne : « Ô croyants ! Le jeûne vous a été prescrit comme il a été prescrit aux peuples qui vous ont précédés, ainsi atteindrez vous la piété. »[9] La piété[10] c’est d’avoir le sentiment qu’Allah nous observe. Dans le vocabulaire contemporain, certains qualifient cela de « conscience ». Le musulman pieux est celui dont la conscience éveillée, l’empêchant de transgresser même lorsqu’il est seul, caché de la vue de tous. C’est cette aptitude que nous devons développer par le biais du jeûne, c’est elle que nous devons savourer. Car le meilleur moyen de renforcer sa crainte révérencielle et de réveiller les consciences endormies c’est d’observer des adorations cachées telles que les prières nocturnes et les jeûnes surérogatoires. Sachez que le monde vit actuellement une crise, une crise des valeurs, une crise des consciences, une crise de piété ! La crise financière mondiale que nous subissons n’est pas en soi une crise économique, en fait, les impuretés financières résultent de problèmes éthiques. Elles résultent de la mort des consciences des plus riches qui ont souhaité s’enrichir au détriment des plus pauvres. Leurs consciences sont mortes. Si elles revenaient à la vie, elles pourraient résoudre de nombreux problèmes individuels et collectifs !

Il n’est pas anodin que le sujet du jeûne soit évoqué dans la plus longue sourate du Coran, et que la notion de crainte révérencielle ouvre le sujet et le clôture, comme nous l’avons entendu dans le premier verset par lequel le jeûne fut prescrit, après quoi Allah swt conclut en disant : « C’est ainsi qu’Allah expose clairement Ses signes (versets) aux hommes afin qu’ils fassent preuve de piété. »[11] Ces versets sont situés exactement au milieu de la sourate La Vache. Et cette sourate fut surnommée par certains savants « la sourate des pieux » car toutes ses pages sans exception évoquent la notion de piété (crainte révérencielle), du premier verset au dernier : « Alif, lam, mim. Voici le Livre exempt de tout doute, c’est un guide pour ceux qui craignent pieusement. »[12] et à la fin de la sourate on peut lire : « Craignez donc Allah, Il vous instruira ! »[13] Le message que renferme cette sourate et qu’elle vise à transmettre aux musulmans c’est que la piété doit être le mot d’ordre de la vie du croyant, elle ne doit pas être confinée au fin fond des mosquées mais elle doit se répandre des situations les plus banales, courantes et insignifiantes de la vie quotidienne du musulman comme ses relations intimes avec son épouse, aux situations les plus sérieuses telles que le jugement des criminels, l’application des peines, la guerre… Sans oublier la piété au sein de notre adoration « Ô Hommes ! Adorez votre Seigneur qui vous a créé ainsi que vos prédécesseurs afin que fassiez preuve de piété. »[14] « Vos femmes sont pour vous comme un champ. Allez à votre champ tel que vous le souhaitez. Et oeuvrez pour votre futur et craignez Allah. »[15]  « Lorsque la femme répudiée arrive au terme de sa retraite légale, le mari devra soit la reprendre d’une manière convenable, soit la libérer décemment. Il lui est interdit de la retenir contre son gré avec l’intention de lui nuire. Agir ainsi, c’est se faire du tort à soi-même. Ne prenez pas à la légère les enseignements de Dieu, mais rappelez-vous plutôt les bienfaits dont Il vous a comblés, ainsi que le Livre et la Sagesse qu’Il vous a révélée pour vous exhorter. Craignez Dieu ! Sachez qu’Il connaît tout ! »[16] Croyez-vous que cette piété est présente dans nos divorces actuellement ? Croyez-vous que chaque musulman qui prononce le divorce est conscient qu’Allah l’observe ? Oh que non ! Si c’était le cas on n’assisterait pas à une augmentation si vertigineuse du taux de divorces au sein de la communauté musulmane d’orient et d’occident. Si cette crainte révérencielle provoquée par le Regard Divin[17] était réellement présente, il ne demeurerait que le type de divorces que l’on trouvait au temps des Suivants[18]. On a retrouvé un acte de divorce datant du Vème siècle de l’hégire, un document des plus étonnants ! L’acte débute par la mention suivante : « Au nom d’Allah, le divorce a été prononcé sur l’Ordre d’Allah » Puis l’ex-époux répudiant sa femme a commencé à énumérer les qualités et les nobles traits de caractères de la femme qu’il répudiait. Puis il a terminé sa lettre en rappelant à son ex-épouse qu’ils demeuraient des frères et qu’elle pouvait s’adresser à lui chaque fois qu’elle se trouverait dans une situation éprouvante. Quelle différence entre ce divorce guidé par la crainte révérencielle du Regard Divin et les divorces qui se produisent aujourd’hui, au cours desquels chacun transgresse lançant des accusations infondées et cherchant à dévoiler les défauts de l’autre comme s’il n’avait jamais vu de bien de lui. Ce phénomène se retrouve partout, dans tous les domaines de la vie et les recenser tous nécessiterait de nombreuses conférences.

« La loi du talion constitue pour vous une garantie de vie, ô gens doués d’intelligence. Peut-être finirez-vous ainsi par craindre Allah. »[19] Pensez-vous que la crainte révérencielle soit présente dans les milieux d’étude et de recherche des musulmans et du monde entier ? Regardez le fondement que pose le verset : « Craignez donc Allah, Allah vous instruira ! »[20] La science ne s’obtient pas uniquement par l’effort dans l’apprentissage et la révision, un des facteurs fondamentaux pour exceller dans le domaine du savoir c’est la piété. C’est le fait de tourner son intention pour Allah et de la purifier sans cesse en tentant d’acquérir un savoir utile pour autrui et non pas un savoir futile ne visant qu’à gonfler l’orgueil de son détenteur et à rivaliser avec ses semblables, comme le dénoncent les sources prophétiques. Pas seulement les sciences religieuses… Toutes sciences est nobles dès lors qu’elle vise à améliorer le quotidien d’autrui. Mais certains ont des consciences perverties. Des études montrent que certaines maladies prétendues incurables ont des remèdes et que certaines maladies à forte propagation ont des vaccins préventifs mais qu’ils ne sont pas mis à la disposition des gens pour assurer un plus grand profit aux laboratoires commercialisant ces médicaments. C’est pourquoi le commerce de médicaments est l’un des plus fructueux après celui des armes et de la drogue.

 

Aussi la notion de piété, de crainte révérencielle du Regard Divin ouvre le passage coranique mentionnant le jeûne et le clôture, passage se situant au milieu de la sourate dite « des pieux », de là il nous apparaît clairement que le meilleur moyen pour acquérir cette crainte c’est bien sûr de jeûner ! Car le jeûneur qui ne prend pas en considération le Regard Divin dans ses œuvres, ni dans ses relations avec sa femme, ses enfants ou ses proches, ni dans son comportement vis-à-vis des lois du pays dans lequel il réside n’a pas saisi la profondeur de cette adoration ni le noble but recherché à travers elle.

 

La deuxième finalité du jeûne, mes chers frères, est de renforcer notre volonté et de nous délivrer des bas penchants, car Ramadan est le mois du changement. Tout ce dont on n’a pu se débarrasser au long de l’année, on peut s’en défaire pendant le mois de Ramadan. Ramadan est le mois de changement... Le fumeur, la femme qui ne porte pas le voile, le consommateur d’alcool, celui qui ne s’est pas repenti sincèrement toute l’année durant…. Ne jeûnent-ils pas ? Si… Ils parviennent donc à se libérer des plus bas penchants dont Allah a dotés l’être humain : l’appétit du ventre et l’appétit sexuel. Tu as réussi à dominer ses deux appétits, alors tu es capable de dominer n’importe lequel de tes autres penchants ! Alors ne renonce pas après Ramadan, ou plutôt ne renonce pas juste après la rupture du jeûne !

 

Parmi les finalités du jeûne aussi, sceller l’union des musulmans et leur fraternité. Dans une même ville ou dans un même pays, tous les musulmans commencent leur jeûne et le rompent au même instant, et ils invoquent Allah le remerciant de leur avoir permis de jeûner et partagent la même joie de rompre leur jeûne tous au même instant. Connaissez une religion capable d’unir ses fidèles dans l’adoration comme le fait l’Islam ? J’ai entendu un spécialiste des maladies mentales parler de l’état psychologique dans lequel se trouvent les supporters d’un match de football lorsque leur équipe marque un but. Comment leur cœur s’unissent autour de ce but parce qu’ils partagent la même joie au même instant. N’est-ce pas ce que l’on ressent pendant le jeûne ? Et pourtant quelle contradiction : alors que cette adoration vise à nous unir, certains cherchent la division des cœurs et des corps. Nous prions au sein d’une même mosquée, mais les dissensions sont palpables, les cœurs se fuient. Alors que les savants ont déclaré que les mosquées sont les lieux d’union par excellence, les hommes -notables ou communs- y prient dans une égalité surprenante ! Prenons conscience de cette réalité et tentons de réaliser cette unité par tous les moyens. Efforçons-nous de ne pas sortir de nos institutions pendant le jeûne ni pendant la rupture. Devançons l’unité du voisinage à l’unité d’un pays, partageons ces moments d’unité avec les habitants de la ville où nous passons notre temps et ne donnons la priorité sur eux aux habitants du pays où nous sommes nés et d’où nous sommes partis.

 

Parmi les finalités du jeûne encore, l’implantation dans le cœur du musulman de souffle du renouveau, de la créativité, du progrès et de la lutte contre l’amorphie. Parce qu’il casse les habitudes adoptées par l’homme tout au long de l’année, qu’il va à l’encontre de ses habitudes de boire et de manger. Or il est une théorie en sciences humaines selon laquelle le meilleur moyen de développer la créativité de l’homme et son ingéniosité c’est la logique inversée. C’est-à-dire d’inverser sa façon de voir les choses, de le forcer à penser à l’envers : si ma montre tourne de droite à gauche, je m’imagine ce qu’il en serait  si elle tournait de gauche à droite. Si je me trouve dans un zoo où habituellement les animaux sont enfermés dans des cages et les visiteurs déambulent librement pour les voir et les nourrir, j’imagine ce qu’il adviendrait si les humains se trouvaient dans des cages et que les animaux évoluaient librement dans le zoo. Cela peut paraître étrange, cependant l’expérience a été faite et s’est montrée très concluante. On est sorti de la vision normale que l’homme se faisait du zoo pour arriver à une situation où les animaux retournent à la normalité et leur vraie nature. Cette idée de logique inversée est inhérente au jeûne. Car nous sommes accoutumés à manger trois repas par jour et à boire lorsqu’on le désire. Vient alors cette adoration pour nous sortir de notre routine alimentaire et nous forcer à la méditer. Avons-nous bien saisi cette dimension du jeûne ? Si oui, notre vie quotidienne dans toutes ses dimensions la reflète-t-elle vraiment ?   

 

Une autre finalité du jeûne, mes chers frères, est de nous faire prendre conscience de la valeur du Temps. Car si le musulman rompt son jeûne ne serait-ce qu’une minute avant l’heure, il le rend caduque. Il doit apprendre à respecter le temps. Ne vous étonnez-vous pas vous qui vivez en occident de la ponctualité des transports ici ? Elles respectent leur rendez-vous à la minute, voire à la seconde près. Cette notion se retrouve dans nos adorations : dans nos prières, dans notre jeûne… trente jours durant ! Prêtes-tu donc l’attention qu’il convient à la gestion de ton temps ? Réalises-tu l’importance de chaque seconde de ta vie qui s’écoule ? As-tu médité la phrase d’un penseur européen qui a déclaré : « Si le Temps était à vendre, je l’achèterais au prix le plus élevé ! » Il a vraiment saisi la valeur du Temps ! Alors que certains musulmans gâchent impunément le leur !

 

Mes chers frères, il ne faut pas oublier le but sanitaire qui se cache derrière le jeûne. Le fait de nous abstenir de boire et de manger de longues heures durant repose et purifie nos organes, comme nous l’indique la parole du Prophète sws : « Jeûnez et vous obtiendrez la santé ! » Oui, le jeûne procure la santé ! C’est une cure annuelle que nous offrons à nos estomacs et nos corps de manière générale. Et le Prophète sws a dit vrai. De nombreuses études ont été menées, démontrant les bienfaits du jeûne et ses vertus, ainsi que le rôle déterminant qu’il joue dans le traitement de certaines maladies telles que les rhumatismes.

 

Voici un ensemble des finalités qui contribuent à ancrer encore plus profondément la foi dans le cœur des musulmans, comme avait répondu Ibrahim à son Seigneur lorsqu’Il s’était étonné que Son prophète lui réclame un signe : « Si (je crois), mais c’est pour que mon cœur s’apaise. »[21] Tout comme elles contribuent à faire naître la foi dans le cœur des non-musulmans. Car le jeûne expliqué à la lumière de ces finalités et non plus réduit à une simple abstention de s’alimenter prend un aspect plus attrayant pour eux.

 

Nous demandons à Allah d’être parmi « ceux qui écoutent les paroles et se conforment à ce qu’elles contiennent de meilleur. Ce sont ceux-là qu’Allah dirige. Ce sont ceux-là qui sont doués d’intelligence. »[22]

 



[1] Al-Ahzab, 33

[2] Al-‘Imran, 102

[3] Al-Hachr, 18

[4]  At-Tawba, 119

[5] Al-Maïda, 35

[6] Hud, 88

[7] Hadith qudusi

[8] Al-Baqara, 271

[9] Al-Baqara, 183

[10] Parfois traduit par le terme « crainte révérencielle ».

[11] Al-Baqara, 187

[12] Al-Baqara, 1-2

[13] Al-Baqara, 282

[14] Al-Baqara,  21

[15] Al-Baqara, 223

[16] Al-Baqara, 231

[17] Le terme arabe n’ayant pas d’équivalent en français, nous avons choisi cette métaphore plutôt que d’utiliser à chaque fois la périphrase « le fait qu’Allah nous observe »

[18] Génération qui a suivi la génération des Compagnons

[19] Al-Baqara, 179

[20] Al-Baqara, 282

[21] Al-Baqara, 260

[22] Az-Zoumar, 18